Le numéro de plomb est l'information la plus utilisée et la moins bien comprise d'une boîte de cartouches. Il ne dit ni la puissance ni la portée : il donne le diamètre des grains, et tout le reste en découle. Plus le numéro est élevé, plus les grains sont petits — donc nombreux à charge égale, mais individuellement moins lourds et plus vite freinés par l'air.
Deux effets qui s'opposent
Une charge donnée, disons 32 grammes, contient beaucoup plus de grains en petit plomb qu'en gros. Cette abondance remplit la gerbe et augmente les chances de toucher une cible rapide et petite. Mais chaque grain emporte peu d'énergie, et cette énergie chute vite avec la distance : c'est la densité de gerbe qui travaille, pas la pénétration.
À l'inverse, un gros plomb donne peu de grains, donc une gerbe clairsemée qu'il faut placer, mais chaque impact conserve son énergie loin. Le choix se résume à cette question : le gibier demande-t-il d'abord d'être touché, ou d'être touché fort ?
La correspondance usuelle
Petit gibier à plumes
Caille, grive, bécassine : des cibles petites, rapides, tirées à courte distance. Les plombs fins, du 7 au 9, donnent la gerbe dense qui compense l'imprécision du tir instinctif. Au-delà de trente mètres, ces numéros n'ont plus grand-chose à offrir.
Gibier de taille moyenne
Faisan, perdrix, lièvre : le gabarit augmente, la distance aussi, et le plumage ou le pelage oppose une résistance réelle. Les numéros intermédiaires, 5 à 6, tiennent l'équilibre entre le nombre de grains et l'énergie conservée. C'est la plage la plus polyvalente d'une saison de chasse en plaine.
Gibier d'eau
Canard et oie se tirent souvent loin, avec un plumage dense et gras. Les gros numéros, 2 à 4, sont la règle — et en zone humide, la grenaille de substitution est obligatoire. L'acier étant moins dense que le plomb, un grain acier freine plus vite : il est d'usage de descendre d'un ou deux numéros par rapport à l'équivalent plomb pour retrouver une énergie comparable.
Grand gibier
La grenaille cède la place à la chevrotine ou à la balle. Le principe change : on ne cherche plus une gerbe mais un ou quelques projectiles lourds, dans un cadre légal qui varie selon les départements et les modes de chasse.
Ce que le tableau ne dit pas
Trois facteurs déplacent ces repères. La distance réelle d'abord : un tir de trente-cinq mètres n'est pas un tir de vingt, et la même cartouche n'y fait pas le même travail. Le choke ensuite : un canon très resserré concentre la gerbe et allonge la portée utile, un choke ouvert fait l'inverse. La bourre enfin, qui décide de la vitesse à laquelle la gerbe s'ouvre après la sortie du canon.
La seule manière de savoir ce que donne un couple cartouche-arme reste le tir sur plaque : une feuille à trente-cinq mètres, un point de visée, et le comptage des impacts dans un cercle de soixante-quinze centimètres. Le résultat surprend souvent, et il est propre à chaque canon.
Charge et recul
Augmenter la charge ajoute des grains, donc de la densité, mais aussi du recul. Une charge lourde tirée toute une journée fatigue, et un tireur fatigué place moins bien ses coups — ce qui annule le bénéfice recherché. Pour la plupart des chasses de plaine, une charge modérée bien placée fait mieux qu'une charge maximale mal maîtrisée.
Le tir sur plaque, en pratique
L'exercice demande peu de matériel : une grande feuille de papier, un point de visée marqué au centre, et une distance mesurée — trente-cinq mètres est la référence usuelle. Un coup est tiré, puis on trace un cercle de soixante-quinze centimètres de diamètre autour de la zone la plus dense, et l'on compte les impacts qu'il contient.
Deux informations en sortent. La densité d'abord : le nombre d'impacts rapporté au nombre de grains théoriquement contenus dans la charge donne le pourcentage réellement utile. La régularité ensuite : une gerbe équilibrée, sans trou au centre ni concentration excentrée, vaut mieux qu'un pourcentage flatteur mal réparti.
L'exercice révèle aussi les décalages de point d'impact, fréquents sur les fusils dont les deux canons ne convergent pas exactement. Répété avec deux ou trois références, il permet de choisir sur des faits plutôt que sur une réputation.
Conserver ses munitions
Une cartouche mal stockée vieillit mal. L'humidité attaque l'amorce et la poudre, les écarts de température répétés fatiguent le sertissage, et une douille déformée par la compression dans une cartouchière se chambre mal. Un endroit sec, à température stable, à l'abri de la lumière directe, suffit à conserver des munitions plusieurs années sans perte sensible.
Les munitions de substitution méritent une attention particulière : l'acier n'a pas la même tenue que le plomb face à l'humidité, et les lots anciens gagnent à être tirés avant les récents.
Le sujet se prolonge naturellement du côté du munitions de chasse, où l'on choisit soi-même le couple charge et numéro, et de celui des rechargement disponibles par calibre.