Ce que le tir sur plateaux apprend au chasseur

Catégories : Techniques de chasse

Un chasseur tire quelques dizaines de coups dans une saison, répartis sur des situations toutes différentes. Aucun geste technique ne s'acquiert à ce rythme. Le tir sur plateaux offre ce que la chasse ne peut pas donner : la répétition, et un retour immédiat sur ce qui vient d'être fait.

Le premier acquis : regarder la cible, pas le canon

Le réflexe naturel du débutant est de chercher le guidon et d'aligner une visée, comme sur une carabine. Sur une cible mobile, cette recherche est fatale : le temps de la faire, la cible a changé de position.

Le tir au fusil se pratique les deux yeux ouverts, le regard verrouillé sur la cible. L'arme se pointe par le geste du corps, pas par l'œil. Le canon reste dans la vision périphérique et ne doit jamais devenir le point d'attention.

Ce basculement est contre-intuitif et demande des centaines de plateaux pour s'installer. Il ne s'acquiert pas en chasse, où chaque occasion est unique et où l'on ne sait jamais pourquoi on a manqué.

Le deuxième : le mouvement ne s'arrête pas au coup

La cause la plus fréquente d'un plateau manqué — et d'un gibier manqué — est l'arrêt du mouvement au moment où le doigt presse la détente.

Le tireur accompagne la cible, puis, à l'instant de tirer, se fige. L'arme s'immobilise pendant que la cible continue, et la charge passe derrière.

Le geste correct consiste à poursuivre le mouvement après le départ du coup, comme un joueur de tennis accompagne sa balle. C'est un automatisme, et un automatisme s'installe par répétition.

Sur un pas de tir, l'erreur se voit immédiatement : le plateau part intact, toujours du même côté. En chasse, on conclut que le gibier était trop loin.

Le troisième : connaître son arme et son patron

Quelques séances suffisent à découvrir des choses qu'on ignorait sur une arme possédée depuis des années.

La crosse place-t-elle l'arme là où l'on regarde, ou légèrement à côté ? Un décalage constant sur des dizaines de plateaux ne vient pas du hasard : il vient de l'ajustement du bois.

Le choke et le chargement conviennent-ils à la distance à laquelle on tire réellement ? Le tir sur plateaux répond en quelques séries, là où la chasse n'apporte aucune statistique.

Nos cartouches de chasse se comparent utilement à cette occasion, sur un support où le résultat se voit.

Ce qui ne se transpose pas

Un point mérite d'être dit, parce qu'il explique la méfiance de certains chasseurs envers la discipline.

Sur un pas de tir, on sait d'où part la cible et quand. L'arme est déjà à l'épaule, le corps orienté, le geste préparé. En chasse, rien de tout cela n'est vrai : le gibier surgit d'une direction inattendue, l'arme est au bras, et l'on dispose d'une seconde.

La prise d'arme — le geste qui amène le fusil de la position de port à l'épaule, en une fois et au bon endroit — est le mouvement le plus déterminant en chasse, et c'est celui que le tir de compétition travaille le moins.

Certaines disciplines s'en rapprochent davantage : le parcours de chasse, tiré arme basse sur des trajectoires variées, ou le compak, plus proche des distances réelles.

Comment en tirer parti

Quelques séances avant l'ouverture valent mieux qu'une pratique intensive puis six mois d'arrêt : c'est la régularité qui installe les automatismes.

Tirer avec son arme de chasse plutôt qu'avec une arme d'emprunt est la condition pour que le bénéfice se transpose : c'est cette crosse-là, ce poids-là et cet équilibre-là que le corps doit apprendre.

Enfin, une séance trop longue avec des chargements lourds installe l'anticipation du recul, défaut long à corriger. Mieux vaut des séries courtes, avec des charges légères, et s'arrêter avant la fatigue.

Partager ce contenu